Fiction yaoi - "Blue Tree"
Attention: relation entre hommes (-18)
(c) Nakimitsu Chiaki - 2011 ~
Blue Tree
"-Il commence vraiment à faire noir... Pourtant, il n'est que cinq heures... bon, je passe par la route. Tu me suis?
-Désolé; je dois me dépêcher, je vais passer par la forêt c'est bien plus rapide.
-La forêt, alors qu'il fait si sombre?
-Ne t'en fais pas, je connais le chemin par coeur!
-C'est vrai, mais...
-Bon, à demain.
Kion fit un signe de la main à son cousin pour couper court à la conversation et en guise d'adieu. Puis il se tourna vers la forêt. Les arbres étaient si fournis que la lumière ne filtrait pas, et de ce fait le sol était un amas de branches et de feuilles mortes, accompagnées de nombreux champignons. Ce n'était certes pas très accueillant, mais pourtant Kion appréciait ce moment de solitude sur le chemain du retour. C'était un sentiment de vide total, de l'estérieur et en lui-même, et cela lui faisait le plus grand bien; car malgré le silence pesant de cette forêt, il n'avait jamais l'impression d'être totalement seul. Le léger bruissement du haut des arbres était le seul bruit qui perçait, mis à part le doux craquement de branches sous ses pas, et pourtant il se sentait en symbiose avec ce lieu, comme si lui et ce qui l'entourait se connaissaient depuis toujours, comme s'ils étaient des amants qui partageaient une seule et même âme.
Le jeune homme marchait le plus souplement possible pour ne pas briser l'atmosphère fantastique du lieu. La nuit était vraiment tombée rapidement, aujourd'hui, pensa-t-il. Le vent commencait à souffler, faisant se soulever ses fins cheveux brun-rouges. C'était étrange, habituellement les bourrasques ne l'atteignaient pas au coeur de la forêt. Et la pénombre se densifiait de plus en plus. Kion avait beau connaître cette partie de la forêt dans le moindre détail, il ne pouvait pas s'y déplacer à l'aveuglette. Soudain, il aperçut un faisceau de lumière bleutée provenant d'un peu plus loin entre les arbres. Attiré par la clarté comme un papillon de nuit par une ampoule, il suivit le chemin éclairé.
Au bout de quelques instants de marche, il déboucha sur une sorte de clairière. Un arbre gigantesque se tenait en son centre, et d'entre ses racines provenait la source de la rivière qui serpentait entre les arbres sans jamais dépasser la lisière. Kion resta fixé sur l'arbre, les yeux écarquillés; celui-çi était en effet d'un bleu des plus majestueux, et émettait la douce lumière lunaire qui l'avait fait venir jusqu'ici. Une de ses feuilles se détacha et alla caresser la joue droite du jeune homme, qui sentit un étrange frisson le parcourir. C'était un contact si doux, si chaleureux... comme des doigts amoureux qui l'effleuraient timidement. Le vent faisait frémir les branches, formant un doux murmure qui semblait si... humain.
Kion s'approcha lentement du tronc, passa au-dessus du ruisseau et posa sa main sur le corps bleuté de l'arbre. Celui-çi vibra; il était chaud et légèrement tremblant. C'était cela, la première fois. Kion était bien placé pour le savoir, il ressentait exactement la même chose. Il s'étonnait lui-même de penser ainsi. Un arbre pour partenaire... et pourtant, bien qu'il ne puisse pas l'expliquer, il sentait qu'ils se désiraient l'un l'autre. Il avait l'impression que tous deux s'étaient attendus les dix-neuf années qu'il avait passées en ce monde, et qu'ils n'avaient vécu que pour vivre cette nuit qui s'installait. Doucement, Kion entoura le tronc luisant de l'abre et le serra contre lui.
"-On se rencontre enfin... Je suis désolé d'avoir mis autant de temps... Tu m'as attendu toutes ses années.
-Oui..."
Le vent venait à nouveau de s'infiltrer parmi les branchages. Kion s'écarta brusquement. Le tronc s'était mis à scintiller et à émettre une lumière aveuglante, s'élevant jusqu'à la cîme des arbres alentours et éclairant toute la clairière d'un bleu stellaire. Lorsque Kion rouvrit les yeux, un jeune garçon était apparu au sommet de l'abre qui avait perdu sa clarté. Il en descendit avec une souplesse majestueuse. Au moment où il toucha le sol, aucun brun d'herbe ne fléchit, aucune goutte d'eau ne se souleva du ruisseau. Il avait des cheveux d'azur et les yeux de la couleur du cosmos.
"-Oui, je t'attendais. Kion, l'homme qui port el'esprit de l'arbre dans son nom...
-Pourquoi... pourquoi ne pas m'avoir appelé plus tôt?
-Pour la même raison que celle pour laquelle tu n'es pas venu me voir.
-Je...
-Nous marchions toujours côte à côte, et tu as toujours su écouter mon silence. Cependant, jamais tu ne m'as parlé ni vraiment regardé...
-Comment cela?
-Toi seul peux entrer dans cette forêt et ne pas te perdre. Sais-tu pourquoi, Kion?
-Parce que j'y suis depuis que je suis enfant?
-Parce que j'ai toujours veillé sur toi. Je t'ouvre le chemin, mais jamais tu n'as voulu l'ouvrir par toi-même. Jamais tu n'as cherché à trouver cette source. J'ai beau être pacifiste, je peux me vexer, Kion.
-Veillé sur moi? De quelle manière?
-Tu n'as pas encore compris? Je suis Aoki, l'arbre bleu. C'est moi qui alimente la source, c'est moi qui fait vivre cet endroit et ce qui y vit. Et toi, tu es cette vie. Kion, le premier arbre à être né ici, celui qui a poussé à mes côtés. Ne t'es-tu donc jamais rendu compte à quel point tu étais... spécial?"
En disant cela, il avait rougi. Sa peau si blanche, ses cheveux clairs, ses grands yeux sombres, et ses joues rosies faisaient littéralement brûler Kion. Il sentit sa virilité enfler dans son pantalon. C'était la première fois qu'il ressentait cela, et il était complètement perdu. Et ce garçon... comment pouvait-il être attiré à ce point par quelqu'un, d'autant plus du même sexe que lui? Il n'en pouvait plus. Brusquement, il se précipita sur le sujet de ses tourments et colla ses lèvres contre les siennes. Surpris, le jeune garçon tenta de se dégager, mais Kion avait plus de force. Il forca Aoki à entrouvrir sa bouche vermeille et joua avec sa langue. Toujours en l'embrassant, Kion prit les deux bras de son amant d'une main, et promena l'autre sur le torse de ce dernier, puis enleva ses vêtements. Tous deux étaient maintenant torse-nus. Il abandonna les lèvres et dirigea son visage vers le torse.
Aoki gémit alors que celui qu'il avait appellé lui mordillait les tétons. Tout son corps tremblait. Il avait attendu si longtemps que vienne ce jour! Lentement, il se dégagea de la poigne de Kion et enleva la sorte de pagne qui cachait son intimité, avant de s'attaquer à la ceinture de son amant. Kion sourit intérieurement. Aoki avait beau être d'une beauté sans pareille, il devait vraiment être vieux pour ne pas savoir enlever une ceinture. En effet, l'arbre se débattait avec la sangle. Kion prit le fruit d'Aoki et effectua une légère pression tout en la faisant glisser, ce qui eut pour effet de le faire gémir un peu plus fort encore. De sa main libre, il enleva sa ceinture puis s'attaqua au bas du dos du garçon. Celui-çi tenta d'étouffer un cri de plaisir mélangé à un peu de douleur douceureuse, et finit de déshabiller Kion. Il n'avait plus de forces, il succombait au plaisir. Il aurait voulu faire la même chose au jeune homme, mais il ne put que tomber à quatre pattes sur le sol.
Kion bascula la tête en arrière et se cambra de plaisir. Aoki avait avalé sa virilité et effectuait des mouvements de va-et-vient extrêmement précis. Il ne pouvait vraiement plus se retenir. Il s'arracha à l'arbre, le retourna et entra en lui. Aoki eut un léger grognement de protestation; il était trop brutal. Mais rapidement, la douleur disparut au profit d'un plaisir immense, et au bout de quelques minutes ils atteignirent l'extase en même temps. Kion n'eut pas le temps de se retirer, et même s'il avait pu Aoki l'en empêchait. Epuisé, il se retira doucement puis s'allongea sur le dos et s'endormait profondément.
Un doux chant d'oiseau lui fit ouvrir les yeux. La lumière du soleil perçait à travers ses branchages. Kion regarda autour de lui. Il était à côté de l'arbre bleu. Et sur le sol, une multitude de bourgeons perçaient à travers la mousse. Il se concentra. Lentement, son tronc commenca à briller, jusqu'à lui permettre de prendre à nouveau forme humaine. Sur la rive, Aoki l'attendait, souriant.
"-Tu as dormi cinq mois, tu sais, Kion.
-Toi par contre tu n'as pas perdu de temps.
-Pardon pour ton cousin, il doit te croire dans le ventre de carnivores.
-Alors c'est comme ça que tu peuples cette forêt?
-Voyons, Kion. Ne t'en fais pas, je tai bien dit que tu étais le premier arbre à être né ici. Je ne l'ai fait qu'avec toi, ne t'en fais pas.
-...
-Je t'aime aussi."
Fin