Commission: "Les soupirs de l'été"
mots à caser: coeur amoureux - les mêmes lunettes - photo - feuilles de l'automne - ma grand-mère et moi
genre: shônen-ai (relation amoureuse entre deux garçons)
titre: donné
noms: donnés
(c) Nakimitsu Chiaki - 2011 ~
Les soupirs de l'été
Au printemps dernier, j'étais passé en première année de lycée. Moi qui avais cru pouvoir changer et enfin avoir des amis et des gens à qui parler, m'étais finalement retrouvé dans une classe constituée en grande majorité d'anciens élèves du collège, qui m'ignoraient superbement. Finalement, je m'étais résigné à passer une nouvelle année dans la plus grande solitude, étant donné que je vivais seul dans un appartement, mais je m'y étais habitué avec le temps. Mes parents ont été tués dans un accident alors que j'avais à peine onze ans, et ma famille s'était alors résumée à ma grand-mère maternelle, qui avait décrété que je m'ennuierais à la campagne et qu'il valait mieux pour moi que je reste vivre en ville. Heureusement, la responsable de l'immeuble dans lequel j'avais toujours vécu avait accepté de me laisser l'appartement et s'occupa de moi jusqu'à mon entrée au lycée et donc que j'aie l'âge de travailler.
Aujourd'hui, la seule chose qui me restait de mes parents et que je n'avais pas dû vendre était la photo que nous avions prise tous ensemble lorsque nous étions allés chez ma grand-mère, l'hiver de mes cinq ans; c'était une vieille auberge traditionnelle, construite au centre d'un petit village entouré de montagnes. Chaque fois que je la contemplais, un détail attirait mon attention. J'avais toujours les mêmes lunettes qu'à l'époque, faute d'argent pour en acheter de nouvelles.
L'été avait fini par arriver, et avec lui un petit mois de vacances, signifiant pour moi un court moment de détente avant le retour des mornes journées de travail solitaire. J'étais à peine entré chez moi que j'entendis le téléphone sonner, ce qui était très rare du fait de ma liste de contacts particulièrement réduite. Je me précipitais pour décrocher le combiné.
"- Allô...?
- Ah, Tetsuya, c'est toi?
- Grand-mère? Demandais-je, étonné d'entendre sa voix, la dernière fois que nous nous étions parlés datant de l'enterrement de mes parents. Est-ce que c'est toi?
- Mon petit Tetsuya... j'espère que tu vas bien. Pour tout te dire, je me sens un peu faible en ce moment, et mon employeur a pris des congés tout le mois car sa femme vient d'accoucher.
- Euh... j'espère que ca ira.
- Je crois que tu es en vacances, non? Tu préfèrerais sans doute rester à Nagano pour profiter de l'été avec tes amis, mais... je me demandais si...
- ...Tu veux que je viennes t'aider? Terminais-je.
- Tu serais d'accord? S'exclama-t-elle. En fait, je voulais en profiter pour te voir un peu, si tu voulais parler un peu de ta mère...
- Grand-mère, mais... je n'ai pas d'argent pour le train...
- Pas de problème, je te rembourserai dès que tu arriveras, ne t'en fais pas pour cela. A tout à l'heure mon petit!"
Ma grand-mère avait toujours eu un côté excentrique, mais à ce point... Je lui donnait mon adresse et commençais à préparer mes bagages, ce qui n'étais pas très compliqué vu le peu d'affaires que je possédais. Puis je mis en route l'ordinateur et me rendit sur internet. Le prochain train partait dans deux heures et demi, j'avais largement le temps d'aller à pied à la gare, ce qui me ferait économiser 400 yens, le prix du bus. Je fourrais dans mon sac à dos quelques vêtements, un livre, ma brosse à dents et la photographie. Ma grand-mère et moi arborions le même sourire, nous avions l'air de bien nous entendre, et j'espérais que ce serait encore le cas.
Les volets étaient fermés, la porte verrouillée. Je descendis les escaliers de l'immeuble et commença à marcher en direction de la gare, qui était située à une bonne heure de marche active. Je marchais depuis une quinzaine de minutes, les yeux baissés, lorsque je sentis un violent choc sur mon bras droit. Je relevais vivement la tête, la douleur perçant jusqu'à l'épaule, et me rendit compte que j'étais tombé à terre. Un jeune garçon venait de me tomber littéralement dessus...
"- Ah, désolé, je ne regardais pas devant moi, s'excusa-t-il en tentant de se relever sans m'écraser.
- Ce n'est rien...
- Mais tu es...
- Shoooooootaaaaaa! Hurla une voix de femme au loin. Reviens ici!!! Qu'est-ce qui te prends de claquer la porte comme ça?!
- Hem... tu es Tetsuya-kun, n'est-ce pas? On est dans la même classe depuis la troisième année de collège, je suis Tagami Shôta. Euh... tu n'aurais pas une idée d'un endroit où me cacher?
- Euh...
- Bah, tu vas quelque part non? Alors je vais te suivre un peu, si ca ne te dérange pas... tu es plutôt solitaire, alors...
- Euh, mais, je vais prendre le train, là, donc...
- Bah, je t'accompagne jusque la gare, alors!
- Shooooooootaaaaaaaa!!!!
- Ah, ma mère va me tuer! Viens, on court!"
Sans que j'ai pu dire quoi que ce soit d'autre, il me prit par la main me releva et m'entraîna dans une course folle vers la gare. Heureusement, j'étais plutôt sporti, car nous ne nous arrêtames pas avant une bonne vingtaine de minutes.
"- Euh, tu ne devrais pas rentrer chez toi? Ta mère... commençais-je.
- Haha, elle voudrait que j'aide mon docteur de père à s'occuper de ses patients, mais je n'ai pas envie, alors j'ai dit que je partais chez des amis pour le mois. Apparemment, elle ne m'a pas trop cru...
- Tu... t'es enfui?
- Hein? Non, j'ai juste pris un mois de vraies vacances, c'est tout! Bon, et toi, tu prends le train vers où?
- Euh... Je vais à Fukushiki...
- Mmmh... il y a des restaurants qui ont besoin d'un jeune pour l'été, tu crois?
- Pourquoi?
- Pour y travailler, tiens! En fait, je voudrais devenir cuisinier, alors...
- Oh, je vois... Euh, si tu veux... enfin, je pense que ma grand-mère serait d'accord pour que tu nous aide... elle tiens un Ryôkan...
- Génial! Tu verras, je ne vous décevrai pas!" Dit-il, visiblement heureux.
Alors que nous parlions, nous avions fini par arriver à la gare; Shôta acheta deux billets pour Fukushiki, je lui promis qu'il serait remboursé en arrivant, et nous nous dirigeâmes en silence vers la rame correspondante. Je ne savais pas quoi dire, c'était la première fois que je parlais à ce garçon, qui accomagnait sans se poser de questions une personne qu'il connaissait à peine. Pourtant, en ce moment il me semblait si accessible, tout paraissait si simple à ses côtés. Moi qui n'étais pas habitué à parler aux autres, les mots venaient avec naturel avec lui, et cela me déstabilisait un peu. En même temps, des sentiments qui m'étaient inconnus me submergeaient, je n'aurais su expliquer pourquoi. J'avais l'impression que mes joues étaient en feu et que ma poitrine allait exploser suite aux battements de plus en plus denses de mon coeur.
Le trajet prenait un peu moins de deux heures. Nous sommes restés silencieux tout ce temps, ne sachant quoi nous dire et ayant peur de croiser le regard de l'autre. Je restais tourné vers la fenêtre, ne voyant pas pour autant le paysage qui défilait. J'étais focalisé sur le regard de Tagami qui restait inlassablement posé sur moi et que je sentais balancer entre mon visage et le haut de mon pantalon. A l'arrivée, ma grand-mère avait l'argent du billet à la main, qu'elle donna à mon camarade de classe sans se poser de questions sur notre relation, trop contente d'avoir deux jeune gens en pleine forme pour l'aider, et sourit de toutes ses dents (qu'elle n'avait plus en grande quantité). Son sourire n'avait pas changé en dix ans, il restait analogue à celui de la photographie.
Cet été là fut le plus beau de ma vie. Shôta m'apprit à m'investir dans des actions, il était toujours de bonne humeur et me fit découvrir à nouveau le sourire. Je me sentais vivre à nouveau, j'étais enfin heureux après toutes ces années passées à ressasser le passé vécu avec mes parents. Je savais pourquoi je me levais chaque matin, c'était pour le voir et aider ma grand-mère qui s'était révélée extrêmement gentille, fidèle à l'image que lui donnait son sourire. Nous passâmes notre temps à nous prélasser aux sources chaudes et à nous occuper des clients de l'auberge. Mon nouvel ami me donna quelques cours de cuisine, et nous nous occupâmes donc également de la nourriture. Nous étions toujours fourrés ensemble, et les clients nous appréciaient, ce qui ne m'étais jamais arrivé. Je ne pouvais m'arrêter de sourire lorsqu'il était à mes côtés, j'étais totalement hors de la réalité qui nous rattraperait bientôt avec la fin des vacances. Mais peu nous importait, profiter de ce lieu magique nous comblait au plus haut point.
Puis le dernier jour finit fatalement par arriver, et avec lui le retour à Nagano et au lycée. Nous qui avions la plupart du temps été tour à tour aux onsen pour être toujours disponibles en cas de besoin décidâmes d'y aller ensemble. Je décidais d'y aller un peu en avance pour nettoyer les abords du bain. J'étais en train de frotter avec le balai lorsqu'on me saisit par derrière. J'allais pousser un cri mais une main me compressa la machoîre.
"- Du calme, Tetsuya, c'est moi, chuchota la voix de Tagami."
Lentement, il retira sa main de ma bouche et entoura ma poitrine de ses bras, en fourrant son visage dans mes cheveux un peu longs. Le rouge me monta subitement aux joues lorsque je sentis une bosse contre mes fesses, et la même se former dans mon caleçon. Et je compris enfin la raison de ces battements de coeur incessants, de ces envies de rapprochement irrépressibles, de cette légère mais grisante gêne qui s'insinuait souvent entre nous lorsque nous nous effleurions. Tout à coup, les mots que ma mère avait écrits sur le dos de la photo prirent tout leur sens: "Un coeur amoureux ne bat qu'au rythme des espoirs que nous apporte l'être aimé". Oui, j'aimais ce garçon, j'aimais Tagami Shôta plus que tout. Lui qui m'avait redonné foi en la vie même, j'en étais tombé amoureux. Tendrement, il avait commencé à baisser ma braguette et à enlever mon t-shirt. Ses doigts longs et fins qui me frôlaient le corps, semblant craindre que je ne me brise me faisaient l'effet d'une douce mélancolie. Il finit de me déshabiller et me poussa vers le bassin. Je marchais docilement, obnubilé par la sensation de ses mains sur ma poitrine et si près de ma virilité. Il entrait dans l'eau à ma suite et une fois que nous fûmes à moitié émergés il l'empoigna à pleine main, exercant quelques doux mouvements et me caressant de son autre main. J'étouffais quelques gémissements au début puis ne put plus me retenir. Nous nous enlacâmes encore et encore, lui en moi et mon coeur en lui, pendant un moment qui me parut éternellement long et trop court à la fois.
L'été avait fini par s'éteindre, laissant place à la chute des feuilles d'automne devenues rouges ou jaunes. Je marchais d'un pas léger en direction du lycée, un sourire béat dessiné sur mes lèvres. Mon coeur était léger. En me rendant en cours, je savais que je retrouverais celui qui m'avait fait renaître, qu'il me saluerait de son si doux sourire et qu'il m'embrasserait une fois que nous aurions terminé la journée.
Fin