Commission: A bord du train
Titre donné: A bord du train
Mots à caser: château - travail - mots croisés - sushi - chimie - pré - ciel - cartouche d'encre - ratage complet - cheminée
Personnages: tous donnés et définis
"- J'y vais, à ce soir! Clama Yûra à ses grands-parents assis à table, alors qu'elle s'efforçait de faire entrer ses pieds à moitié pourvus de chaussettes dans ses chaussures aux boucles fermées.
- Bonne journée, fais bien attention à toi surtout, lui répondit sa grand-mère, Setsuko.
- Ne te prends pas de poteau en courant, se moqua Kanade, un frère de quatre ans son aîné.
- Pff, mais bien sûr! Et toi, ne te fais pas mordre par le chihuahua du voisin, idiot de frangin!"
Chaque matin se passait presque exactement de la même manière - Kanade modifiant légèrement ses blagues de temps à autres - depuis la naissance de Yûra, seize ans auparavant. Dans sa famille, les grands-parents maternels étaient toujours chargés de l'éducation des enfants, et de ce fait elle ne voyait presque jamais ses parents, à part lors des rares fêtes de famille où ils se réunissaient tous ensemble. D'un autre côté, la jeune fille n'aurait pas aimé devoir aller dans un lycée où son père avait dégoté un travail. Elle n'aurait pas apprécié d'avoir son propre père en tant que professeur de physique-chimie! Quant à sa mère, Yûra n'avait aucune idée de ce qu'elle faisait. Sans doute ne travaillait-elle pas, mais elle n'en était pas totalement sûre, toutes les deux ne s'étant jamais vraiment parlé, et sa mère ne venait jamais rendre la moindre visite à ses parents, et par conséquent à ses enfants qui vivaient sous le même toit. Chaque matin, l'adolescente pensait donc à son père et à sa mère, finissait par être en retard et se précipitait pour ne pas rater son train, omettant souvent de prendre son petit déjeuner. Et chaque matin, son frère ironisait à son sujet et elle lui répondait sur le même ton, évidemment.
En vérité, Yûra n'était jamais réellement en retard, elle était même toujours à l'avance d'une bonne vingtaine de minutes par rapport au début des cours, mais elle attachait une grande importance au train de sept heures quarante-deux. Tous les jours, elle courrait le long de la voie ferrée pour arriver à la gare, puis elle se rendait au bout de la station pour se retrouver à l'arrière du convoi. Là, elle se rendait au quatrième siège à sa gauche, et se retrouvait toujours en face du même garçon. Depuis qu'elle l'avait aperçu, le jour de la rentrée des classes, à cette fameuse place dans le wagon, elle ne pouvait s'empêcher de penser à lui et de vouloir s'en rapprocher. Il était lui aussi lycéen, mais n'allait pas à la même école qu'elle. Il avait des cheveux lisses et noirs, un nez bien dessiné, une peau semblant lisse et douce. Chaque matin, alors qu'il remplissait à une vitesse phénoménale des grilles de mots croisés, quelques mèches un peu trop longues lui tombant devant les yeux et lui donnant un air un peu ténébreux, plus élégant, plus beau, elle se sentait rougir inexorablement, jusqu'à ce qu'il remette ses cheveux derrière son oreille et lui jette un regard suspicieux, lui faisant détourner le regard non sans une certaine gêne. Et toujours, honteuse de s'être fait prendre, Yûra se tournait vers la fenêtre, faussement absorbée par le splendide paysage qu'offrait le château d'Osaka, surplombant la ville portuaire du haut de son plateau, îlot salutaire au milieu d'une mer d'industries, et de quelques prés au loin, où en été on pouvait apercevoir des boeufs de Kôbe venus paître l'herbe devenue trop haute. Parfois, elle commençait vraiment à s'intéresser à l'extérieur et pouvait voir dans les rues commerçantes qui longeaient le chemin de fer de fiers cuisiniers couper le poisson du marché pour en faire des sushi, sashimi et autres takoyaki lorsqu'il y avait du poulpe. Parfois, des enfants colériques faisaient des caprices devant le magasin de jouets, d'autres fois des couples marchaient main dans la main le long des ruelles, et dans ces moments elle se mettait à rêver de prendre la place de toutes ces personnes, de vivre leur vie au moins quelques instants. Et si ces deux amoureux devenaient lui et elle...?
Ils marcheraient, se tenant par la main ou le bras, faisant les boutiques, essayant des vêtements de grands magasins tout en sachant qu'ils n'achèteraient jamais rien... ils riraient et seraient heureux ensemble, tout simplement...
* * *
Le train de sept heures trente-quatre allait entrer en gare. Kobayakawa Keiichirô attendait calmement à la gare, se plaçant de manière à être au fond du dernier compartiment. En face de la station, il pouvait voir la façade de sa maison, et derrière la baie vitrée ses parents, Takarato et Keiko, qui prenaient ensemble leur petit déjeuner sans jeter le moindre coup d'oeil en direction de leur fils. Il était juste à côté d'eux, mais il s'en sentait pourtant si éloigné... Depuis qu'il était enfant, il n'avait jamais vraiment fait partie de la famille. On lui souriait, le traitait parfaitement bien, mais il avait toujours manqué cette proximité propre aux familles unies et heureuses. Une lourde atmosphère était toujours présente lorsqu'il était chez lui, c'est pourquoi il partait le plus tôt possible sans paraître fuyant et traînait toujours après les cours avant de rentrer. Il faisait bien entendu l'ensemble de ses devoirs au lycée, et passait beaucoup de temps à la bibliothèque; mais depuis quelques temps, il partait un peu plus tard de chez lui le matin, et prenait le train de sept heures trente-quatre. Le jour de la rentrée, il avait raté le train qu'il prenait habituellement et s'était retrouvé face à une jeune fille un peu étrange et toujours décoiffée à force d'avoir couru. Elle avait un visage très fin et de longs cheveux châtains qui lui courraient sur les épaules. Par la suite, Keiichirô avait décidé de continuer à prendre ce train, car cette lycéenne était là chaque matin, fidèle au poste, et rejouait encore et toujours la même scène: lui faisait ses mots croisés pour passer le temps, tout en lui jetant quelques coups d'oeil discrets de temps à autres. Elle était toujours tournée vers la fenêtre, le regard vide et le menton posé sur son poignet. Mais, parfois, son regard s'illuminait et elle se tournait légèrement vers lui. Cela l'avait intrigué dès la première fois, et il s'amusait désormais à laisser quelques-unes de ses mèches tomber sur son front pour la faire rougir.
Se retrouver face à cette jeune fille était devenu une sorte de rituel s'effectuant chaque matin, et il attendait toute la journée d'être au lendemain matin. Par moments, elle le fixait sans s'en rendre compte et ne cachait pas le rose de ses joues, mais d'autre fois elle se perdait pour de bon dans la contemplation du paysage et il se sentait alors légèrement frustré et blessé dans la fierté qu'il avait jusqu'alors d'être admiré, et cela l'étonnait toujours beaucoup. Lui qui s'était toujours dit ne pas avoir de sensibilité envers les autres découvrait des sentiments nouveaux, des sensations qui lui étaient parfaitement inconnues fleurissaient dans son esprit. Chaque matin, le jeune garçon s'ordonnait de parler à cette inconnue dont il ne savait rien, mais chaque fois qu'il la voyait entrer dans le compartiment, sa volonté s'effondrait d'un coupe et il tentait de cacher sa gêne derrière ses grilles de mots croisés. C'était chaque jour nouveau un ratage complet et il se maudissait de cette fausse attitude détachée et sereine qu'il se donnait, cachant son véritable lui, trop timide et introverti à son goût. Il se disait que s'il lui parlait, elle se rendrait compte de son manque d'intérêt et s'éloignerait de lui, brisant ce si fragile lien tout tremblant qui les unissait. Mais malgré toutes ses hésitations, Keiichirô était loin d'être un idiot, et il savait interpréter chaque mouvement; ainsi, il savait que l'intérêt que lui portait la jeune fille n'était pas factice, et cela le rendait heureux et fier. La prochaine fois qu'il la verrait, il faudrait qu'il lui adresse la parole...
* * *Edit 1:
Yûra sentait son coeur battre à cent à l'heure tout au fond de sa poitrine. Aujourd'hui, si elle le voyait dans le train, il fallait au moins qu'elle le salue. Elle avait fini par prendre cette décision, le soir précédent, alors qu'elle roulait sur son lit, enlaçant son oreiller et se remémorant son doux visage, les sourcils légèrement froncés, concentré sur sa grille. Elle avait vidé toute une cartouche d'encre à écrire des simulations possibles - dont la plupart étaient tout de même complètement invraisemblables - et elle avait ainsi cru être prête à affronter cette terrible épreuve. Mais maintenant que le jour était levé et qu'elle avait bien été obligée de se rendre à la gare, voyant les wagons se rapprocher dangereusement, elle remettait largement en cause sa décision et avait plutôt envie de fuir à toutes jambes. Sa poitrine lui semblait être transpercée par de nombreux pics de glace, qui lui brûlait le corps tout entier.
Ce matin là, Kanade n'avait reçu aucune réponse cinglante à ses propos moqueurs, ce qui l'avait d'ailleurs décontenancé, et ses grands-parents n'avaient eu droit qu'à un "j'y vais" chuchoté sans conviction. Les paroles qu'elle se devait de prononcer ce jour là lui semblaient bien plus importantes que ces mots vides de sens car devenus un simple réflexe. Comme elle aurait voulu que l'on en soit encore au temps de ces vieux trains à vapeur, au bruit si assourdissant qu'il aurait emporté ces paroles si honteuses et les bruits de son coeur battant sous ses côtes tremblantes, semblant vouloir les transpercer pour rejoindre celui qu'il désirait toucher. Elle aurait pu se déclarer en toute impunité, sa voix étouffée par la cheminée crachant les volutes noirâtre de fumée et de sentiments juste à moitié avoués. Mais elle était malheureusement née en période de développement intense, et le train avançait tranquillement sur ses rails, quasi silencieux.
Rassemblant tout son courage, Yûra fit avancer ses jambes flageolantes; sa bouche était sèche mais sur son front perlaient des gouttes d'une sueur blanche et froide. Elle s'essuya discrètement le visage, et entra dans le dernier compartiment. Au fond de celui-çi le jeune garçon semblait l'attendre, en triturant son carnet de mots croisés. Il la regardait toujours alors qu'elle s'avançait d'un pas lourd, retardant le plus possible le moment de son arrivée à destination. Elle jeta un rapide coup d'oeil autour d'elle, espérant pouvoir fuir vers un autre siège, mais les voyageurs avaient bien évidemment choisi ce jour pour remplir le train de sept heures quarante-deux. Elle ne pouvait plus faire marche arrière, et se dirigea donc à la vitesse d'un escargot asthmatique vers le siège qu'elle occupait chaque matin d'école depuis plusieurs mois déjà. C'est ce moment que choisit le conducteur pour redémarrer la machine, et le train commença à avancer non sans à-coups, ce qui eut pour effet de faire perdre l'équilibre à la lycéenne qui avait d'autres choses à penser qu'à s'accrocher quelque part; elle vit le sol se rapprocher, beaucoup trop, beaucoup trop vite, beaucoup trop près.
* * *Edit 2:
Keiichirô était installé à sa place habituelle, ce qui lui avait valu de nombreux efforts. Mais il se devait d'être maître de lui-même; il était un homme, tout de même! Et puis, il fallait faire bonne figure. Il avait beau ne pas particulièrement aimer sa famille, il restait leur successeur et devait en être digne. Cependant, cette jeune fille lui faisait perdre tous ses moyens, quand bien même elle ne faisait que le regarder, ce qui, pensa-t-il en rougissant, lui arrivait très souvent sans que cela ne lui fasse le moindre effet. Il avait toujours cru ne pas être attiré par le sexe opposé, alors que les autres garçons de sa classe ne parlaient que de conquêtes factices cela ne l'intéressait pas, et l'amour non plus. Mais, car avec elle il y avait toujours ce "mais" dérangeant, elle lui avait fait ressentir tellement de choses qu'il n'avait même jamais osé imaginer; il ne la connaissait pas, n'avait jamais entendu le son de sa voix, et pourtant il avait l'étrange impression qu'ils avaient toujours été ensemble. Il ne pouvait plus se contenter de se taire, non, il devait prendre sur lui et se jeter à l'eau, il devait lui parler, au moins pour savoir ce qu'elle pensait de lui. Après tout, le fait qu'elle s'intéresse à lui n'était peut-être que le simple fruit de son imagination...
Le jeune garçon se prit violemment la tête entre ses deux mains devenues légèrement moites. Oui, il devait bien se l'avouer, il avait peur, tellement peur de la voir s'approcher de lui pour ensuite s'éloigner et l'abandonner, le laissant derrière dans une ruelle aux ombres incertaines où tout peut arriver. Il ne pourrait supporter qu'elle parte après lui avoir tendu la main, mais c'était sans doute pire de ne pas savoir et de rester à jamais dans l'ignorance. Il devait lui parler. Il n'aurait pas beaucoup de temps, ou peut-être bien trop, la lycéenne ne restant dans le train qu'une vingtaine de minutes. Son temps de latence s'est finalement écoulé, la locomotive arrivant en gare, à l'heure précise de sept heures quarante-deux.
Keiichirô prit en hâte le livret de jeux dans son sac, le plaçant maladroitement devant lui. Il fallait qu'il se calme. Il avait juste à jouer le garçon insensible et ténébreux, comme il savait si bien le faire. Par la fenêtre, il la vit entrer dans le convoi, et sentit qu'elle non plus n'était pas comme à son habitude. Sa démarche, habituellement vive et élastique était aujourd'hui lourde et lente. Il ne parvenait pas à détourner le regard. Était-elle malade...? Ou peut-être avait-elle des problèmes au sein de sa famille, ou même au lycée? Le moment semblait désormais peu approprié pour lui parler, mais d'un autre côté il pouvait l'aider à se sentir mieux, s'ils parlaient pendant le trajet. La jeune fille s'approchait timidement de son siège. Lui jeta un coup d'oeil autour de lui; elle n'avait aucun autre siège sur lequel s'asseoir à part celui en face du sien. Il la vit s'approcher, de moins en moins décidée, puis perdre l'équilibre alors que le train reprenait sa route dans un soubresaut. Keiichirô réagit au quart de tour. Il se leva à la vitesse de l'éclair et se précipité pour la rattraper alors qu'elle tombait. Elle chuta, il plongea, et la récupéra juste avant qu'elle ne touche le sol. Il soupira de soulagement, avant de s'apercevoir avec effroi qu'elle s'était cogné la tête sur le coin d'un siège.
* * *Edit 3:
Yûra ouvrit doucement les yeux. Le sol était moelleux, le ciel d'un blanc uniforme mais plutôt terne. Était-elle morte? Sa tête lui semblait être tellement lourde, elle n'arrivait pas à se relever, tout son corps était comme engourdi. Pourtant, elle se sentait étrangement bien. Elle referma lentement les yeux, ce qui l'apaisa un peu. Son corps recommença peu à peu à lui obéir, elle les rouvrit donc à nouveau. En se redressant, elle se rendit compte qu'elle se trouvait dans un lit d'hôpital. La jeune fille s'adossa sur l'énorme coussin sur lequel elle reposait et tenta de reconstituer l'image autour d'elle; la chambre n'avait rien d'extraordinaire, et pourtant un énorme brasier s'alluma au creux de son coeur. Le garçon était là, assis sur une chaise à côté d'elle, assoupi sur le bord du lit, et il serrait sa main dans la sienne. C'était si chaud, un doux sourire se dessina sur les lèvres de Yûra. Elle se sentait encore mieux qu'avant, et bien plus légère. Soudain, des bruits de pas se firent entendre dans le couloir, ce qui eut pour effet de réveiller le garçon. Celui-ci vit que Yûra était réveillée et lâcha sa main précipitamment, tout en rougissant intensément. Voyant qu'elle allait bien, il lui sourit tendrement et souffla:
"- Je suis heureux que tu ailles bien.
Merci", répondit-elle dans un timide murmure, chamboulée d'entendre enfin cette voix dont elle avait tant rêvé.
A ce moment, la porte de la chambre s'ouvrit à la volée, et Kanade se précipita dans la pièce, suivi des deux grands-parents.
"- Yûra! Je t'avais bien dit de faire attention, espèce d'idiote! Mais qu'est-ce que tu as foutu, bon sang!
- Grand-frère... euh, merci de t'inquiéter autant...
- ... Mouais, heureusement que je n'étais pas à la fac, hein!
- Calmez-vous, tous les deux, clama Hayashi. Yûra, tu nous a vraiment fait peur, tu dois faire plus attention!
- Oui, grand-père, pardon...
- Le principal est que tu ailles bien, intervint Setsuko. Mais une chose m'intrigue... Qui êtes-vous? Demanda-t-elle au garçon qui se tenait bien près de sa petite-fille adorée.
- Euh, répondit le lycéen, je me nomme Kobayakawa Keiichirô, enchanté de vous connaître. C'est moi qui ai appelé les secours lorsque... votre petite-fille est tombée.
- J'espère pour toi que tu ne lui as rien fait de suspect! S'exclama Kanade. Ma petite soeur n'est pas...
- Enfin, grand-frère, arrête un peu! Il m'a sans doute sauvé la vie, alors laisse-le tranquille, lui répondit Yûra. Puis, se tournant vers Keiichirô: Je suis vraiment désolée, il est toujours comme ça...
- Ce n'est rien, c'est normal de s'inquiéter...
- En tout cas, merci beaucoup... je, euh... dit-elle le rose aux joues. Parler autant avec lui l'avait tellement stupéfaite qu'elle avait oublié sa gêne, mais tout venait de lui revenir.
- Bon, si tu vas bien, c'est l'essentiel, les coupa Hayashi. Nous avons prévenu le lycée, tu ne vas pas en cours aujourd'hui.
- C'est pas tout ça, mais j'ai cours, moi. On y va? Conclut Kanade."
Tous trois sortirent de la chambre comme ils y étaient entrés.
* * *
Keiichirô était maintenant seul avec Yûra, dans un endroit clos, elle allongée dans un lit, lui assis à ses côtés. Cette situation digne des shôjo manga dépassait toutes ses espérances et le rendait par la même occasion plus nerveux que jamais. Le moment était enfin venu pour lui de réciter le discours qu'il avait mis toute une nuit à préparer. Il prit une grande inspiration, afin de se donner du courage, mais il n'eût pas le temps de prendre la parole, Ypura faisant entendre sa voix:
"- Euh, Kobayakawa-san...?
- Oui? Le ton était brusque, tendu, et provoqua un léger mouvement de recul de la part de Yûra. Il était presque imperceptible, mais le jeune garçon s'en rendit compte et perdit tout son courage; il se laissa tomber à genoux sur le sol, les bras croisés sous sa tête posée sur le lit.
- Désolé, articula-t-il. J'en ai assez de jouer le mec classe. Je ne suis pas du tout comme celui que tu voyais dans le train. Je voulais juste te voir gênée, mais en fait je n'ai pas la moindre confiance en moi...
- Je le sais bien, je ne t'ai jamais pris pour un de ces garçons qu'on ne voit que dans les dramas. Et puis, tu crois que je suis délicate et féminine?
Keiichirô releva la tête et vit que Yûra souriait. Un sourire éclatant, véritable et chaleureux, magnifique.
- Je n'ai jamais dit que tu l'étais... répondit-il, les yeux rieurs.
- Tant mieux, alors tu sais à quoi t'attendre!"
Il n'y avait pas besoin de mots. Leurs gestes avaient fait comprendre à l'autre ce qu'ils ressentaient, et à bas les discours tout préparés. L'amour n'est-il pas inattendu? Peu leur importait désormais de bien faire les choses, du moment qu'ils arrivaient à s'expliquer et communiquer. Keiichirô se redressa, Yûra se pencha, et leurs lèvres se scellèrent comme pour passer un pacte; celui de rester ensemble le plus de temps qu'ils pourraient. L'odeur âcre de l'hôpital ne les atteignait même plus.
A Bord du Train, Fin
Pour Asu-chi.