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"Normalités" - fiction shônen ai

Publié le par Nakimitsu Chiaki

Attention: romance mettant en scène deux personnages de sexe masculin.

  (c) Nakimitsu Chiaki - 2011 ~

 

Normalités

 

 

"Je ne suis pas normal." C'est la conclusion à laquelle je suis parvenu, au printemps de ma quinzième année.

Toute mon enfance, je n'avais pas eu de problème. Je n'avais jamais été amoureux, je n'avais jamais été attiré par quelqu'un, je n'avais jamais désiré quelqu'un. Mais, à mon entrée au lycée, dès le premier jour, je l'ai aperçu. Un garçon, comme moi. De mon âge. Il était brun, les cheveux assez longs, qui lui tombaient sur les épaules. Lisses. Sa taille était très fine, et il devait faire dans les 175-180 cm. Comme moi. Sauf que moi, mes cheveux étaient châtains. Sauf que moi, contrairement à lui, je ne riais pas. Ses dents à lui étincelaient sous le soleil matinal. Il était entouré, contrairement à moi. Je voulais m'approcher de lui, mais la foule nous séparaient. Cette foule que je haissais. Il la surplombait de son sourire, la dirigeait de ses yeux sombres mais chaleureux.

Moi, personne ne regardait mes yeux. Il faut dire qu'ils n'étaient pas vraiment normaux. Un bleu, un vert. Vairons. Je me suis dit que je devais le détester, le jalouser. Mais ce n'était pas ce que je ressentais. J'étais habitué à ces sentiments, mais celui qui naissait en moi était totalement nouveau.

Mon coeur se réchauffait et battait à tout rompre dans ma poitrine, à un tel point que ca me faisait mal. Je ne pouvais m'empêcher de me remémorer ce sourire, je ne pensais qu'à lui chaque jour. J'ai parlé de ces émotions sur internet, tous m'ont répondu que c'était de l'amour.

 

"Non. Non. C'est impossible." Je ne pouvais pas me faire à cette idée. Même internet m'abandonnait. Ils avaient tort. Tous. Cette foule agglutinée à ses pieds, le monde entier. Tous. Ils ne comprenaient pas. L'amour ne pouvait pas être aussi horrible, s'ils le cherchaient tous. Moi, je n'en voulais pas. Je ne voulais qu'une chose. Lui. J'avais compris que même mes parents me rejetteraient si je leur en parlait. Je devais prendre sur moi. Le fuir.

Lorsque j'étais entré au lycée, je m'étais juré de commencer une nouvelle vie. Une semaine après la rentrée, je me voyais déjà fuir. J'étais pathétique, mais je ne pouvais rien y faire. Il n'était pas dans ma classe, mais nous étions ensemble pour certaines options. Et c'est ainsi qu'il s'approcha de moi. Au cercle d'arts plastiques. Un projet de groupe, j'étais seul, il avait quitté son groupe pour suivre sa propre idée. Il était comme ça, même s'il refusait quelque chose, personne ne le rejettait. J'étais seul. Alors il vint, naturellement.

 

"On se met ensemble?" Non. J'aurais tellement voulu lui dire. Non. Mais je n'ai pas pu. Je ne pouvais pas, j'étais bien trop submergé par ces sentiments inutiles. Je hochais la tête pour m'éclaircir les idées, il le prit pour un "oui". Nous avions quelques points communs dans notre idée pour le projet. On se mit d'accord très facilement et on se mit au travail. Lentement, trop lentement, je ne pouvais m'empêcher de trembler, et lui de dépasser. Alors que nous étions trop en retard, il me demanda s'il pouvait venir chez moi pour qu'on le finisse. Lui vivait dans un taudis, ses parents lui avaient coupé les vivres: son père était alcoolique, sa mère prostituée. Je ne savais pas. Ma famille était aimante, unie. Et nous étions l'inverse de ce que nous aurions dû être. J'ai accepté de l'inviter.

 

Mon père est artiste, ma mère décoratrice pour le théâtre. J'avais largement de quoi faire notre projet. Et nous l'avons fini rapidement. Mes parents n'étaient pas encore rentrés, la maison était vide. Nous étions seuls, dans notre monde. J'étais heureux qu'il sache que j'existe, et qu'il m'apprécie un minimum. Mais c'était trop pour moi. Je lui dit de partir. Il refusa. Il ne voulait pas rentrer chez lui, il voulait savoir ce qu'était une famille. Il voulait être avec moi. Il ne voulait pas que je sois seul dans une maison. Il s'approcha, et avant que j'ai pu faire le moindre geste, il m'embrassa.

 

"Je ne suis pas normal." Mais lui non plus ne l'était pas, et il avait pu se faire accepter. Il me dit que moi aussi, j'avais le droit d'être heureux. Les larmes me montaient aux yeux. J'étais heureux. Il me coucha sur le lit, se mit au-dessus de moi. Je ne comprenais pas, il me dit de ne pas m'inquiéter. Il me déshabilla. Ses doigts si fins parcouraient mon corps avec une extrême délicatesse. Il semblait avoir peur de me casser. Mes os ressortaient un peu, je ne mangeais pas beaucoup. Il m'embrassa, encore et encore. Je n'osais pas lui dire la même chose, mais je le pensais. La foule ne m'avait pas abendonné, et lui ne m'avait pas rejeté.

 

Lorsque mes parents rentrèrent du travail, ils me virent avec lui, endormis dans mon lit, enlacés et souriants. Sur le sol, un emballage de préservatif était vide. Ils sortirent doucement, afin de nous laisser à notre rêve, le coeur léger. Ils acceptaient mon bonheur.

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