La forêt qui se meurt
(c) Nakimitsu Chiaki - 2011 ~
Je marchais dans cette forêt interminable. Les arbres étaient si hauts et si nombreux que je ne voyais même plus le ciel. Il régnait une chaleur étouffante, soulignée par les parfums divers des plantes aromatiques et vénéneuses. J'entendais des bruissements dans les feuillages par moments, et j'avais l'impression d'être observée sans relâche. Je pensais tourner en rond, et pourtant tout était toujours différent. Je me frayais un passage dans les hautes herbes, et lorsque je me retournais tout était revenu à sa place, naturel et indomptable.
Et puis j'entendis un petit rire. Il était si faible, que le saut d'un écureuil l'aurait étouffé. Mais il régnait un tel silence dans cette forêt que l'on pouvait entendre chaque bruissement de feuille, chaque grincement d'écorce. Chaque rire. D'où provenait-il? J'entendais un grondement au loin. Une rivière? Je m'aventurais en cette direction, j'étais à l'écoute des sons.
C'est là que je la vis. Elle était là, nue sur un rocher qui débordait à peine de l'eau. Ses cheveux d'un vert argenté atteignaient ses chevilles, et cachaient son frêle corps de la vue impure d'un humain. Des ailes d'une clarté d'eau de source battaient faiblement dans son dos, abîmées. Une fée. La rivière était presque à sec, seul un mince filet coulait dans le creux de son lit. Mais je l'entendais si bien que l'on aurait cru être sous une cascade.
Le petit rire retentit à nouveau, et je vis une seconde créature approcher. Celle-ci avait des cheveux plus courts, d'un rouge flamboyant. Elle faisait du mal à la gardienne de l'eau. Le feu. Dans cette majestueuse forêt, le feu n'aurait pas dû être présent, jamais. Et pourtant.
Alors je me souvint. Les Hommes, la guerre, la destruction, l'horreur. La mort. L'assèchement des rivières. La fée de l'eau me regarda avec tristesse. Elle savait, elle aussi. Que cette fée n'en étais pas une. Qu'elle était la résultante des erreurs humaines. Il faut croire, cependant. Croire en tout ce que les gens ne veulent pas croire, parce que ce sont des êtres qu'ils ne voient pas. Elles existent, pourtant. Elles étaient là, devant mes yeux, dans cette forêt qui se meurt.
Ce matin là, je me suis réveillée en pleurs. J'ai pris un verre, et j'ai gardé toute l'eau de mes larmes.